Le monde des bisounours !











Il y a quelques semaines, je prenais un café avec plusieurs collègues avec lesquels je dansais. Des potins, des rires, des plaisanteries. Nous nous racontions nos difficultés, nos frustrations. L’un des danseurs parlait d’une jeune danseuse qui n’avait pas un physique très gracieux, quelques kilos en moins, un visage, disons « difficile », qui aimait la danse et fréquentait nos cours régulièrement. Pour plusieurs danseurs, elle prêtait à sourire ; rien de bien méchant.
Pourtant, un danseur à rapidement coupé court à cette discussion pour dire une chose que je n’oublierai jamais : « Moi, j’aime beaucoup cette fille, j’aime comme elle danse ». – Comment est-ce possible, tu as vu son bassin ? Son visage ? Certes elle n’est pas grosse, mais… Ce n’est pas possible ! Disaient les autres. Mais ce danseur persiste et répond : « Quand elle danse, elle se rend belle ». 
Et c’était tellement vrai ! Cette jeune femme, quand elle dansait, prenait ce qu’il y a de plus beau en elle et le rendait visible. Elle transcendait son corps, montrait qui elle était et ne cachait pas derrière une forme vide ou une technique dépourvue de sens profond. 
S’il y a bien une chose que nous remarquons chez les danseurs que nous croisons dans la rue, ou à la sortie d’un spectacle, c’est leurs grâce et leurs élégance. La nuque haute, les épaules très loin de la tête…quelle allure ! Cependant, la grâce et l’élégance ne constituent pas à elles seules la beauté.
Pourquoi ?
Les chorégraphes sont parfois critiqués pour leur travail jugé « trop esthétique », ce qu’ils reçoivent comme une insulte. Combien d’entre eux se voient refuser une subvention pour une œuvre « trop esthétique » ou pire encore « trop dansante » 


Moralité : 
Le danseur a la chance de pouvoir chercher quotidiennement à faire ressurgir ce qu’il y a de plus beau en lui afin de le mettre en mouvement pour le partager avec les autres. Nous spectateurs, en contemplant cette beauté exprimée par un exemple de gestes, pourrons reconnaître cette même beauté logée en nous. C’est un partage, une communion profonde avec l’autre. 
Enfin, La beauté ne doit pas rimer avec superficialité, légèreté ou manque d’intérêt…Et même si la notion de la beauté n’est pas la même pour tous, je ne vais pas me lancer dans ce débat hautement philosophique ! - et que ce qui est beau pour moi ne l’est pas forcément pour mon voisin, il est cependant évident que la beauté contient toujours un élément de vérité. Quand j’assiste à une belle danse, j’y vois sa sincérité et la vérité d’une expression artistique.
Pour moi, beauté c’est vérité et vérité c’est beauté…Bon aller j’arrête, j’ai compris ! Je dois retourner dans le monde des bisounours.

Texte : haraka / Essaih Jamila 




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